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DAVID RICARDO
Il a codifié les pratiques du commerce international.
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Il a mis en garde contre l’explosion démographique.
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LE ROUGE DES COCHENILLES : Le rouge est « une couleur orgueilleuse pétrie d’ambition et assoifée de pouvoir, une couleur qui veut se faire voir », écrit l’historien des couleurs Michel Pastoureau. Il est vrai que le rouge est loin de laisser indifférent. Il symbolise le pouvoir des rois et de la révolution, des cardinaux et du diable, du sang et du désir… Enjeu de pouvoir et source de profit, la maîtrise de la fabrication du rouge a fait l’objet de batailles politiques et économiques incessantes dont celles du XVIème siècle ont représenté un moment clé.

A partir de 1519, les conquistadors de Cortès colonisent le Mexique. Ils s’aperçoievent que des paysans entretiennent sur des cactus l’élevage d’un insecte trois fois plus petit qu’une coccinelle, la cochenille, dont les femelles, une fois écrasées, libèrent un rouge éclatant. Mais les militaires passent à côté de ce qui aurait pu leur rapporter une fortune dans une Europe dont les sources naturelles manquent pour produire le rouge : ils veulent de l’or et quand il n’y en a pas, ils préfèrent cultiver le blé et élever le bétail ou le vers à soie.

La proie des corsaires. Lorsque les marchands espagnols débarquent après les soldats au milieu des années 1530, la donne change. Ils ne mettent pas longtemps à repérer les gros étals des marchands indiens. Dès 1540, un commerce transatlantique régulier se met en place, au grand profit du port de Séville qui devient la plaque tournante du commerce Européen de cochenilles. Le minuscule insecte part servir les teinturiers vénitiens, puis se dirigent vers Constantinople qui fournit l’empire turc , en même temps que les espagnols le vendent aux Philippines d’où il trouve son chemin vers la Chine. La cochenille se mondialise.

Elle devient aussi un instrument de spéculation pour les marchands, les banquiers et les politiques. En 1585, les Capponi de florence forment un cartel avec les Maluenda de Burgos et instaurent un quasi monopole européen qui les enrichit.

Philippe II, fils de Charles Quint veut consolider le secret industriel de fabrication du rouge des espagnols en interdisant la vente de cochenilles aux étrangers. Qu’à cela ne tienne : Anglais et Français financent des corsaires pour voler le précieux pigment aux espagnols. Avec un certain succès, notamment lorsque Robert Devereux, le comte d’Essex, attaque trois vaisseaux espagnols en Septembre 1597 dont les cales sont remplies de 27 tonnes de cochenilles, de quoi satisfaire les besoins du royaume pendant plusieurs années !

Trafics. Le marché spéculatif de la cochenille attire rapidement les fraudeurs. Certains trafiquent les balances des pesées, d’autres mêlent du sable ou de la craie aux minuscules insectes. Les plus malins ébouillantent l’animal pour qu’il se gorge d’eau et accroisse son poids : la cargaison n’est même pas arrivée en Espagne qu’elle est déjà pourrie !

Français et Anglais tenteront d’élever la cochenille dans leurs propres colonies, mais il faudra attendre le XIXème siècle pour que les production locales se répandent et se substituent au commerce. L’offre explose alors, sans savoir qu’au même moment un jeune savant est en train d’inventer les colorants synthétiques qui vont tuer le commerce du colorant naturel. Mais ceci est une autre histoire.